Le Parlement européen vote une résolution (d'extrême) droite contre Cuba (MISE A JOUR)

La dernière séance plénière du Parlement européen a de nouveau été une arène où les forces d'extrême droite ont déversé leur haine de Cuba, évidemment au nom des droits de l'homme, de la liberté d'expression et de la démocratie.

L'(extrême) droite prend le Parlement européen en otage

Jeudi dernier, les groupes de droite PPE, Renouveau et ECR ont obtenu une majorité (386 sur 681 voix, soit 56 % - voir résumé en bas) pour leurs critiques du gouvernement cubain et leurs demandes de réformes. Ces réformes devraient permettre à l'opposition sur l'île de disposer de toutes les possibilités de forcer un changement de régime. Cuba a réagi avec indignation, qualifiant cette résolution de fausse et d'ingérence.

Les forces d'extrême droite ont donc réussi à faire voter les chrétiens-démocrates, les sociaux-démocrates, les verts, les libéraux et les nationalistes en faveur d'une résolution qui méprise gravement la souveraineté de Cuba et abime un dialogue politique dans un esprit de respect mutuel et de non-ingérence.

L'accord UE-Cuba préservé, le blocus étasunien à nouveau condamné

Mais ces forces n'ont pas réussi à atteindre l'objectif principal : faire sauter l'Accord de dialogue politique et de coopération. Plusieurs députés européens ont dénoncé la politique de deux poids deux mesures et les intentions politiques des auteurs de la proposition ainsi que la violation continue des droits de l'homme des citoyens cubains par les sanctions étasuniennes. Josep Borrell, le haut représentant de l'Union européenne pour les affaires étrangères, a défendu l'Accord avec l'île et réitéré les critiques de l'UE à l'égard du blocus étasunien.

« Nous sommes contre le blocus, et nous le disons chaque année, cela fait-il de moi un défenseur d'une dictature ? », a-t-il répondu aux attaques contre Cuba par des politiciens de droite espagnols et tchèques. Borrell, tout en soulignant le soutien de l'UE aux membres d'un groupe d'opposants au système se faisant appeler le mouvement San Isidro qui ont été emprisonnés l'année dernière, a également remis en question l'opportunité du débat, notant avec dérision qu'il percevait une « concentration des préoccupations » de certains députés sur certains pays. « Voulez-vous que je vous donne une liste de pays où il n'y a pas de système libéral, démocratique et de partis multiples ? Pourquoi ne pas débattre d'un autre pays avec moi ? », a-t-il demandé aux députés des partis de droite.

Borrell a défendu l'Accord qui, en 2017, a remplacé la « position commune » de l'ancien Premier ministre espagnol José María Aznar (Partido Popular) et qui visait un changement de régime à Cuba. « Quatre-vingt-cinq pour cent des députés européens ont voté en faveur du nouvel accord », a déclaré Borrell, rejetant l'appel de la droite à une reprise de l’ancienne politique restrictive envers Cuba : « Abandonner le dialogue et revenir à ce que nous avions avant ne servirait à rien, et n'améliorerait la situation de personne. » En revanche, a-t-il dit, l'accord entre Bruxelles et La Havane permet une coopération sur d'autres questions en plus des débats sur les droits de l'homme. « En ce moment, par exemple, nous étudions les possibilités de participation pour augmenter la production de vaccins contre la Covid-19, sur la base des avancées scientifiques réalisées à Cuba », a déclaré Borrell, qui a assuré dans le même temps que l'UE restait le premier partenaire de l'île en matière de commerce et d'investissement.

Lors du débat de mardi, plusieurs députés ont appelé à un effort plus important de l'UE pour contrer le blocus par les États-Unis et renforcer les relations avec Cuba. Massimiliano Smeriglio, du Parti démocrate italien, a exprimé sa gratitude pour le déploiement de médecins cubains dans son pays « pendant la pire phase de la pandémie » et, à la lumière des attaques contre La Havane, il a lancé un appel à ses collègues parlementaires : « Ne nous laissons pas emporter par cette farce. » Lefteris Nikolaou-Alavanos, député du Parti communiste grec, a souligné que « malgré le blocus, Cuba a protégé la santé de sa population et fait des progrès dans le développement de vaccins ». Cuba respecte non seulement les droits humains de son peuple, mais est aussi un exemple de solidarité internationale avec les autres peuples, a ajouté le syndicaliste et député européen espagnol Manuel Pineda Marín, de la Gauche unie. Pineda Marín a critiqué le fait que « les mêmes personnes qui défendent le narco-fascisme d'Álvaro Uribe et opposent leur veto, de sorte que nous ne pouvons pas discuter ici de la situation en Colombie, attaquent Cuba ». Sa conclusion : « Les droites ne s'intéressent pas aux droits de l'homme, elles veulent juste que le Parlement européen soit le haut-parleur de leurs politiques réactionnaires et néo-fascistes. »

Solidarité avec Cuba

À l'initiative de Cubanismo.be, des dizaines de personnes en Belgique ont envoyé un courriel aux députés belges du Parlement européen pour les inciter à voter contre la résolution. Certains d'entre eux ont répondu : Marc Botenga (PTB) a pleinement soutenu la vision du mouvement de solidarité, Sara Matthieu (Groen) a annoncé qu'elle allait voter contre la résolution et qu’elle estimait que la question des droits de l'homme est mieux servie par le dialogue, et Marc Tarabella (PS) a également déclaré qu'il allait voter contre. Enfin, Gerolf Annemans (VB) estime « qu'il est scandaleux qu'en 2021 de tels régimes traitent les dissidents politiques de cette manière » (non, il ne parle pas ici de la Colombie ou du Chili...) et que le VB, « en tant que parti de la liberté, n'a pas d'autre choix que de soutenir la résolution ».

Le PE a manqué une occasion de soutenir réellement le peuple cubain. Un peuple qui, au regret de ceux qui l'envient, continue à défendre sa révolution.

Comment ont voté les Eurodéputés belges ?

Ont voté pour la résolution : Annemans (VB), Arimont (CSP), Bourgeois (N-VA), Chastel (MR), De Man (VB), Franssen (CD&V), Kanko, (N-VA), Lutgen (cdH), Ries (MR), Vandenkendelaere (CD&V), Vandendriessche (VB), Van Overtveldt (N-VA), Vautmans (Open VLD) et Verhofstadt (Open VLD)

Ont voté contre : Arena (PS), Botenga (PTB), Bricmont (Ecolo), Lamberts (Ecolo), Matthieu (Groen) et Van Brempt (Vooruit)

N'a pas participé au vote : Tarabella (PS)